Le Pays des Mauges avant le XIe Siècle

Jusqu’au IXe siècle, le diocèse de Poitiers avait au nord-ouest la même limite que le pays des Pictons, c’est à dire la Loire, depuis son embouchure jusqu’à son confluent avec le Layon (1). Ce sont les conquêtes des rois bretons qui portèrent atteinte à l’intégrité de cette vaste circonscription. Le pays de Rais fut d’abord annexé en 843, à la Bretagne et par suite au diocèse de Nantes, et il semble que le pays de Tiffauges et celui des Mauges aient été ainsi rattachés, même avant cette époque, au comté de Nantes ; ils faisaient dans tous les cas, partie de la Bretagne au milieu du Xe siècle. De là, une certaine incertitude sur les limites diocésaines dans cette partie de la France, et les prétentions simultanées des évêques de Poitiers, de Nantes et d’Angers sur la juridiction spirituelle du pays des Mauges, qui vers le commencement du XIe siècle, fut définitivement attribuée à l’évêque d’Angers. (2).

La Chronique de Nantes rapporte qu’en 843 le comte Lambert, à qui Charles le Chauve avait promis le comté de Nantes en échange de ses services, furieux de voir que le roi manquait à sa parole en lui préférant Raynaud, comte d’Herbauge, fit appel aux Normands stationnés à l’embouchure de la Loire et avec leur aide s’empara de Nantes. Puis il leur livra, pour se payer, les territoires de son adversaire, et les Barbares, franchissant la Loire, se répandirent dans le pays des Mauges, de Tiffauges et d’Herbauge dont ils détruisirent les bourgs et les châteaux. Pendant un siècle, à différents intervalles, l’invasion recommençait quand le malheureux habitant avait relevé ses chaumières et recommencé l’ensemencement de ses terres. Lambert, parvenu au but de ses désirs, partagea avec ses plus fidèles lieutenants les régions qu’il avait conquises ; à son neveu Gonfier, il donna le pays d’Herbauge, à Rainier celui des Mauges, à Girard celui de Tiffauges. Mais bien que cette concession fût faite à titre héréditaire, elle n’eut qu’une durée de quelques années, car ces territoires furent par la suite vivement disputés entre les comtes de Nantes et les ducs de Bretagne d’une part, les ducs d’Aquitaine et les comtes de Poitiers de l’autre. Le duc d’Aquitaine Begon entreprit en 853 de remettre la main sur eux ; il envahit d’abord le pays d’Herbauge, mais n’ayant pas rencontré ses adversaires il s’en retournait quand, au passage des gués du Blaison, il fut rejoint par eux et périt dans la rencontre, son corps fut inhumé à Saint-Georges de Montaigu, bourg du pays de Tiffauges.

Cent ans après, les trois pays d’Herbauge, de Tiffauges et des Mauges, dont la vie semble avoir été toujours commune, et sur lesquels les comtes de Poitiers avaient réussi à remettre la main, furent cédés, à la suite d’une guerre malheureuse, en 941 ou 942, par le comte Guillaume Tête d’Étoupe à Alain Barbe Torte, duc de Bretagne. Leurs limites communes du côté du Poitou sont ainsi indiquées par le texte qui nous fait connaître le traité intervenu entre les deux parties : la rivière du Layon depuis son embouchure dans la Loire jusqu’à son confluent avec l’Hirôme ; le cours de cette dernière rivière jusqu’à sa source, puis une ligne de démarcation passant par Père-Fiche, et enfin le cours du Lay, de sa source à la mer (3). Vers 983, ce traité fut confirmé dans un second accord advenu entre Guérech, comte de Nantes, et Guillaume Fier-à-Bras, comte de Poitou, mais sous les enfants de Guérech, à la suite de nouvelles luttes, les comtes de Poitou recouvrèrent la plus grande partie des pays d’Herbauge et de Tiffauges, et les comtes d’Anjou mirent la main sur le pays des Mauges (4).

Pierre Fiche du Parchambault, commune de Trémentine – Indicateur du Maine-et-Loire, Planche 63, Pierre Aimé Millet de la Turtaudière.

Notes

(1) A l’époque de Jules César, la civitas Pictonum s’tendait au nord jusqu’à la Loire, comme le dit Strabon, et au nord-est jusqu’au Layon. Elle était ainsi séparée de civitas Andecavorum et de la civitas Namnetensis par une frontière naturelle qui devait persister sans modification pendant plusieurs siècles.

Après la conquête, les trois civitates gauloises devinrent des civitates gallo-romaines, qui vers l’an 400 dépendaient : celle des Pictons de la seconde Aquitaine, les deux autres de la 3e Lyonnaise, mais leurs limites respectives n’avaient pas été changées.

A l’époque franke, les civitates se transformèrent en pagi administrées par des comtes Franks. Les deux « cités » des Namnetes et des Andecavi formèrent chacune un seul pagus : le pagus Namneticus et le pagus Andecavus. La « cité » des Pictons, au contraire, se morcela et forma jusqu’à sept pagi différents, dont quatre adjacents aux pagi de Nantes et d’Angers ; ces quatre derniers étaient vers l’an 800 : le pays d’Herbauge, le pays de Tiffauges (pagus Theofalgicus), le pays des Mauges (pagus Medalgicus), le pays de Thouars.

(2) Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 1876.

(3) Le point de départ était l’embouchure du Layon ; la ligne remontait ensuite le cours de cette rivière jusqu’au confluent de l’Hirôme, qu’elle suivait jusqu’à sa source ; puis elle prenait le ruisseau qui de Bonnemort descend à Perchambault, et là rencontrait un groupe important de monuments celtiques dont fait partie un peulvan encore aujourd’hui connu sous le nom de Père-Fiche ; elle gagnait ensuite le ruisseau de la Roussière qui sépare la paroisse du May de celle de Cholet, et celui de la Forêt qui court entre cette m^me paroisse de Cholet et celle de la Séguinière, et se jette dans la Moine. Elle suivait après le cours de cette rivière jusqu’au ruisseau de Gourée qu’elle remontait aussi et prenait ensuite celui de Loublande, ces deux ruisseaux formant limite de la paroisse de la Tessoualle du côté des Echaubrognes. Le ruisseau de Loublande se jette dans l’Ouin, que suivait la ligne de démarcation jusqu’à son confluent avec la Sèvre-Nantaise ; elle remontait ensuite le cours de cette rivière jusqu’au ruisseau qui sépare les Epesses des Châteliers-Châteaumur et joignait aussitôt une des sources du Petit-Lay. De ce point jusqu’à l’Océan le cours du Lay faisait la démarcation entre le Poitou et le pays conquis par le comte de Nantes.

Le pays des Mauges avait pour frontières au nord la Loire, puis le Layon et l’Hirôme, et suivait ensuite la ligne tracée dans le traité précité, en passant par Père-Fiche ; il englobait ensuite les paroisses du May et de Bégrolles, longeant le cours de la Vrême, puis celui de la Sanguèze jusqu’à la Chaussaire et suivait enfin jusqu’à la Loire le cours de la Divatte, qui le séparait du pays de Raiz.

Voici les limites du pays de Tiffauges : Au nord, le cours de la Moine depuis son embouchure dans la Sèvre-nantaise jusqu’à la Tessoualle, mais elles le dépassaient dur un point pour englober Saint-André-de-la-Marche, une partie de Saint-Macaire et La Séguinière ; de la Moine à la Sèvre-Nantaise, les ruisseaux de Gourée et de Loublande, et L’Ouin faisaient limite, etc. Ce territoire comprenait environ soixante paroisses aux temps modernes.

(4) Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1896, article de M. Richard.

Les Mauges firent dès lors partie du diocèse d’Angers. Quant au pays de Tiffauges, il continua d’appartenir au diocèse de Poitiers, jusqu’à la création du diocèse de Maillezais en 1317.

Dans les cours des XI e et XIIe siècles on voit s’établir d’importantes seigneuries féodales : Rais, Clisson, Pallet, Goulaine, Le Louroux-Bottereau, du côté  de la Bretagne ; Beauvoir-sur-Mer, La Garnache, Palluau, La Rocheservière, Montaigu, Tiffauges, Mortagne, Mauléon, THouars, en Poitou ; Montreuil-Bellay, Maulévrier, Cholet, Montfaucon, Champtoceaux, en Anjou. La baronnie de Champtoceaux enlevée à l’Anjou en 1224 par le duc de Bretagne Pierre Mauclerc fit retour, après diverses péripéties, en 1381.

Les guerres des comtes de Bretagne, d’Anjou et du Poitou cessèrent au XIIe siècle, lors de la réunion des trois comtés sous la main des Plantagenets ; mais les guerres entre seigneurs durèrent pendant toute la période féodale.


Source

  • L’Anjou Historique, septembre-octobre 1905, Sixième Année, n°2, p. 157-160. (GallicaBnF)

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