Jacques BRUNEAU de Tartifume (1574-1636)

Jacques BRUNEAU, sieur de Tartifume.

Jacques Bruneau naquit à Angers vers la fin du XVIe siècle. Son père, Philippe BRUNEAU, fut un des bourgeois, qui, sous la conduite de René de la Faucille, empêchèrent les huguenots de s’emparer du château d’Angers, en 1567[1]. Son aïeul, Robert Bruneau, était consul de la juridiction des marchands, en 1572[2].

Voici, du reste, les renseignements qu’il donne lui-même sur sa famille[3] :

« Robert Bruneau, en son vivant, fut en bonne réputation, marié avec Catherine Le Page, de Saint-Rémy de la Varanne, une des plus belles et sages femmes d’Angers. Il étoit aussi un des plus beaux, ayant les yeux verts, la barbe et les cheveux blonds et les joues vermeilles. Il fut Consul en ladicte ville, Père des pauvres[4] et Bâtonnier de la frairie des bourgeois[5]. Il laissa, après son décès, neuf enfant, dont y en avoit trois mâles : Pierre Bruneau, Philippe Bruneau et Jehan Bruneau. De Pierre est issu François Bruneau, controlleur et maintenant gentilhomme ordinaire du roy. Je suis sorti de Philippe. Et maître Claude Bruneau, avocat audict Angers, sieur du Bois-Morin, est venu du troisième. Pour les filles, elles sont assez richement mariées. »

En 1605, Jacques Bruneau fut reçu avocat au siège présidial d’Angers[6]. Mais, à en juger par ses Mémoires, il aimait peu les travaux du barreau. Sa principale occupation était, parait-il, d’enseigner le grec aux Allemands qui venaient séjourner à Angers.

Le 21 avril 1608, il épousa Claude GUILLONNEAU de LAUNAY. Il en eut plusieurs enfants parmi lesquels : Jacques, né en 1610, qui lui survécut ; Renée, qu’il perdit le 14 mars 1620, et Philippe, qui lui fut enlevé le 18 septembre 1621. La mort de ces deux derniers, enterrés dans le cimetière de la Trinité, lui inspira les vers suivants :

Passant, jette tes yeux dessus ce petit coing !

Il y a deux enfans qui n’eurent jamais vices.

Que tu prie pour eulx, ils n’en ont pas besoing :

Ils sont deux angelots qui te seront propices.

 Bruneau et Guillonneau les ont nourris trois ans,

Dieu les a retirés pour admirer sa gloire !

Un long aage ne rend nos esprits plus contans,

Asses vit qui peut vivre au temple de mémoire [7].

Ce n’était pas la première épitaphe que composait Jacques BRUNEAU. En 1616, il avait déjà fait graver celle-ci sur le tombeau de son père :

Si des morts tu as du souci,

Philippes BRUNEAU gît ici ;

Passant, il a eu bien et mal :

L’homme juste semble au métal

Qui n’a beauté que dans la flamme[8].

Bruneau de Tartifume mourut lui-même le 26 décembre 1636. Mais la pierre sépulcrale de celui qui avait tant de respect pour les morts resta muette et oubliée.

Il a laissé trois manuscrits qui ont été acquis pour la Bibliothèque d’Angers, à la vente du cabinet de M. Toussaint Grille :

ANGERS, contenant ce qui est remarquable en tout ce qui estoit antiennement dict la ville d’Angers. 1623.

TRINITÉ, contenant tout ce qui est digne d’être veu en toute la paroisse de la Trinité d’Angers.

PHILANDINOPOLIS ou plus clairement les fidelles amitiés, contenant une partie de ce qui a esté, de ce qui peult estre et de ce qui se peult dire et rapporteer de la ville d’Angers et pays d’Anjou. 1626[9].

Ces ouvrages, dont plusieurs feuillets ont été malheureusement enlevés, sont remplis de légendes, d’inscriptions et de curieux dessins à la plume, portant pour devise l’anagramme du nom de Jacques Bruneau : Avecq un beau ris. Les croquis, exécutés avec plus de conscience que d’habileté, peuvent être d’un grand secours pour les archéologues et servir à la réparation de plusieurs de nos monuments. Quant au style, il est naïf et sans prétention, bien que relevé souvent par des traits satiriques et fins. On sent que l’auteur n’a eu d’autre but en écrivant, comme il prend soin de le faire observer dans sa préface, que de « se satisfaire et s’estranger de l’oysiveté que peult causer une faynéantise. »

….. « Je n’ay jamais ambitionné de paroître, ajoute-t-il ; les recoins les plus retirez et solitaires sont les séjours de mes fantaisies. Je recongoy avoir plus obmins de belles choses qui apartiennent à mon suject, que je n’en ay remarqué. Qui pourroit recueillir tant d’antiquitez, observer tant d’accidens, et deduire tant de vicissitudes qui sont les uniques bases et vrays pilotis sur lesquelz se doibt asseoir une si difficile entreprise ! »

Outre les ouvrages que nous venons de désigner, Bruneau de Tartifume avait encore composé, sous le titre de Calendrier, une histoire généalogique de sa famille et de celle de sa femme. Ce travail, fait avec soin, précédé d’une intéressante exposition et orné de blasons, a été vu par M. Toussaint Grille. Nous ignorons ce qu’il est devenu. Il appartenait à M. Paulmier, adjoint à la mairie d’Angers, en 1816, qui tenait aux Bruneau par sa femme.

D’après une note de M. T. Grille, Jacques Bruneau portait : de gueules orné de deux quartefeuilles d’or posées en chef ; au cœur non massif d’or, posé en face ; et au croissant d’argent, posé en pointe.

Il y a eu un Michel BRUNEAU, avocat au présidial et maire d’Angers, en 1651. Etait-il de la maison de Jacques BRUNEAU ? C’est ce dont nous n’avons pu acquérir la certitude. Michel BRUNEAU fut destitué en 1652 par ordre du roi, pour avoir secondé la révolte du duc de Rohan, gouverneur d’Anjou, pendant la Fronde.

Le nom de Tartifume vient d’une terre que possédait la famille BRUNEAU dans la commune de Cantenay, près Angers. Jacques, dont la fortune était fort modique et qui retirait peu de bénéfices de sa profession, fut obligé de vendre cette terre, en 1606, pour subvenir au frais d’éducation de ses nombreux enfants.
C’est dans l’église de Cantenay, devant l’autel de Saint-Antoine, que fut enterrée, le 22 juillet 1605, Perrine le BEC, mère de Jacques Bruneau.

Jacques BRUNEAU, sieur de Tartifume, notice biographique par M. Lemarchand,  in La Revue de l’Anjou, Livraison de Novembre-Décembre 1852, Deuxième Partie.

Jacques Bruneau de Tartifume (1574-1636), avocat au Présidial d’Angers, écrivain. Par E. Morel, d’après son portrait à la plume par lui-même.  Lithographie – NB – 31,9 x 24,7 cm (feuille), 18,8 x 16,3 cm (lith) – 1873 – (AD49 – Coll. Iconographique- Personnalités.)

[1] Philandinopolis, p. 1004.

[2] Audouys, Liste des Consuls.

[3] Angers, p. 123 et 124.

[4] Titre que portaient les adminsitrateurs des hospices.

[5] Ou confrérie de Saint-Nicolas, fondée à Angers par Foulques-Nerra, comte d’Anjou, l’an 1018, et desservie dans l’église collégiale de Saint-LAUD. (Voir le cartulaire.)

[6] Audouys, Notes Généalogiques.

[7] La Trinité, p. 83. [Philippe Bruneau – Le mesme jour et an que dessus a esté inhumé le corps de deffunct Philippe BRUNEAU filz de honorable homme Jacques BRUNEAU advocat au siège, âgé de deux ans ou environ au cymetiere de ceans par moy curé soubzsigné. AD49 – Angers La Trinité – MS – 1601-1667, vue 495/811.]

[8] La Trinité, p. 80.

[9] Gilles Ménage, dans ses remarques sur la vie de Guillaume Ménage, page 498, cite ce recueil sous le titre de ; Historia manuscripta rerum andegavensium.


Actes retrouvés
  • Décès de son fils, Philippe Bruneau – Le mesme jour et an que dessus a esté inhumé le corps de deffunct Philippe BRUNEAU filz de honorable homme Jacques BRUNEAU advocat au siège, âgé de deux ans ou environ au cymetiere de ceans par moy curé soubzsigné. [AD49 – Angers La Trinité – MS – 1601-1667, vue 495/811.]
  • Décès de Jacques BRUNEAU, sieur de Tartifume – Le vingt septiesme jour de decembre mil six cent trente et six fut inhumé le corps de defunct jacques BRUNEAU Advocat au siège Présidial de cette ville, sieur de Tartifume, au cimetiere de cette église par nous prestre chanoine curé soubzsigné. [AD49 – Angers La Trinité – MS – 1601-1667, vue 602/811.]

 

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